De la Chine au monde musulman

Certaines sources historiques situent l'invention de la poudre noire durant la dynastie Han qui régna sur la Chine de 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C. Des traces écrites tentent de prouver en effet qu'un alchimiste nommé Wei Boyang de la cour de la dynastie Han aurait expliqué le mélange et ses propriétés. Les composants qui servent à la fabriquer (le soufre et le salpêtre) étaient utilisés comme remèdes sous cette dynastie. La poudre elle-même était considérée comme un traitement efficace de la gale, des rhumatismes et des maladies infectieuses et parasitaires. Cependant très peu d'historiens lui créditent cette invention pour le moment.

Plus ancienne formule écrite de poudre à canon connue, extraite du traité chinois Wujing Zongyao datant de 1044.

Pour le sinologue Joseph Needham, « La première composition d'un mélange explosif est née au cours d'une exploration systématique des propriétés chimiques et pharmaceutiques d'une grande variété de substances, recherche inspirée par l'espoir d'atteindre la longévité ou l'immortalité matérielle ». La poudre à canon est inventée en Chine vers le VIIe siècle, durant la Dynastie Tang (618-907). Le médecin alchimiste du début de la dynastie Tang, Sun Simiao (581-682) décrit déjà dans danjing nei fu liuhang fa, comment il a obtenu un mélange explosif en cherchant à confectionner l'élixir d'immortalité. Il explique que si l'on mélange du soufre et du charbon de bois au salpêtre, on peut obtenir une combustion violente en y mettant le feu. Il recommande vivement « de ne pas mélanger ces substances, surtout avec une addition d'arsenic parce que tous ceux qui le firent virent le mélange exploser, leurs barbes noircir et le feu détruire la maison où ils travaillaient »

Au milieu de la dynastie Xixian, dans le Zhen yuan miao dao yaolu, il est conseillé d'éviter ce type de mélange qui risque d'exploser. D'autres citent le Wujing Zongyao qui daterait également des alentours de 1044. Cet ouvrage dont le titre peut se traduire par Principes généraux du Classique de la guerre donne une méthode de fabrication de grenades à poudre noire, dont l'effet principal semble encore être le bruit. Il semble qu'aux alentours de 1130, des tubes de bambou remplis de poudre noire servirent de lance-flammes. Des flèches enfoncées dans un tel dispositif auraient constitué l'étape suivante vers les armes à feu.

Les techniques de fabrication de la poudre auraient été transmises au monde arabo-perse entre le VIIIe siècle et le IXe siècle, car des échanges de techniques d'alchimie existaient déjà entre le monde musulman et le monde chinois. Cependant son usage « connu » semble plutôt dater du XIIIe siècle, avec des mentions écrites de composition à base de salpêtre, lors des guerres entre la dynastie Yuan et les pays musulmans d'Asie centrale

Il semble que cette région du monde ait surtout développé les grenades métalliques, et le feu d'artifice (avec adjonction de nombreux adjuvants pour colorer les flammes). L'usage de cendres pour purifier le salpêtre, développé dans la péninsule arabique, permit de multiplier considérablement la puissance des poudres.

Au XIIIe siècle, apparurent les grenades à corps de fonte. Et les premiers canons/mortiers métalliques chinois (bronze) remonteraient au XIVe siècle.  Des fusées semblent avoir été développées dès la fin du XIVe, début du XVe siècle.  De telles fusées ne semblent avoir été « sérieusement » utilisées en Europe qu'à partir du XVIIIe,XIXe siècle, entre autres par les Anglais durant les guerres napoléoniennes (« fusées de Congreve »).

Gustave Le Bon estime en 1884 dans son ouvrage La Civilisation des Arabes que Roger Bacon comme Albert le Grand, qui mentionnent la recette de la poudre noire, s'inspirent de celle donnée par Marcus Gracchus dans son manuscrit Liber ignium ad comburandos hostes (1230), mais que le but en reste incendiaire. Il cite également Ibn Khaldoun dans son Histoire des Berbères

« Abou-Youzef, sultan du Maroc, mit le siège devant Sidjilmesa, en l'an de l'hégire 672 (1273). Il dressa contre elle les instruments de siège, tels que des medjanik (mangonneaux), des arrada et des hendam à naphte, qui jettent du gravier de fer, lequel est lancé de la chambre du hendam, en avant du feu allumé dans du baroud, par un effet étonnant, et dont les résultats doivent être rapportés à la puissance du créateur. Un certain jour, une portion de la muraille de la ville tomba par le coup d'une pierre lancée par un medjanik et l'on donna l'assaut. »

Il s'agit clairement d'un usage de la poudre pour l'artillerie. Par comparaison, ce même emploi se verra à la bataille de Crécy en 1346, donc 73 ans plus tard.

 
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